La photographie humaniste

La photographie humaniste, Henri Cartier-Bresson

La photographie humaniste est un mouvement photographique qui a vu le jour en France dans les années 1930.

Son nom pourrait laisser penser qu’il s’agit d’un mouvement politique. En réalité, la tendance est de placer l’être humain au centre de l’œuvre, de le montrer dans sa vie quotidienne et de documenter la réalité sociale de cette époque avec une certaine forme de poésie.

Illustration © Henri Cartier-Bresson

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La photographie humaniste, un peu d’histoire

Si le mouvement est né dans les années 1930 avec de belles promesses grâce à la presse illustrée, l’édition, son élan a été stoppé par la deuxième guerre mondiale. Ce n’est que dans les années 1945 à 1960 qu’il connaîtra son essor. Il montre les personnes qui connaissent des difficultés matérielles dues aux conséquences de la guerre. Paradoxalement la paix retrouvée permet de surmonter les épreuves.

Voilà la vie quotidienne et les petits bonheurs des gens ordinaires que la photographie humaniste veut montrer. Ce mouvement sera très important, particulièrement en France.

Aux États-Unis, les photographes de l’après-guerre s’en inspireront mais ils seront plus pragmatiques. Ils préfèreront la photographie documentaire sociale et le photojournalisme. Ils montrent crument les problèmes sociaux : pauvreté, injustice, discrimination. Exit la poésie, place au réalisme.  

L’influence de la photographie humaniste

La photographie humaniste Robert Doisneau

Le baiser de l’Hôtel de ville 1950 © Robert Doisneau

Dans la peinture, le mouvement du réalisme social a initié les sujets populaires, chers aux photographes humanistes. Les peintres du XIXème siècle : Honoré Daumier, Gustave Courbet, Jean-François Millet, Édouard Manet ente autres, en sont les précurseurs.

Plus tard, la photographie humaniste a eu une influence importante sur la littérature, sur le cinéma, dans le photojournalisme et dans la publicité.

Un courant littéraire

On notera des collaborations entre écrivains et photographes : Aragon et Henri Cartier-Bresson : Ce soir; Jacques Prévert et Izis : Le grand bal du Printemps ; Pierre Mac Orlan  et René-Jacques : La fête foraine ; Blaise Cendrars et Robert Doisneau La banlieue de Paris.

Le cinéma

L’expression Le réalisme poétique qui qualifie la photographie humaniste est empruntée au cinéma. Les films de l’époque ont les mêmes esthétiques. Flânerie dans la ville, rues sombres et pavées, personnages typés. On se souvient de la Traversée de Paris, Un singe en Hiver, Les différents Commissaires Maigret

Le photojournalisme, la publicité 

Lucien Lorette Photo pour la Croix-Rouge

Avec la reprise, après la guerre, de nombreuses commandes ont été passées aux photographes. Le mouvement humaniste a influencé l’image à cette époque. Ils sont à la fois sollicités par la presse, l’édition, mais aussi par les institutions françaises et étrangères (ministères, commissariat du Tourisme, ONU, UNESCO, Croix-Rouge).

Je vous donne en exemple cette photo de Lucien Lorette réalisée pour une affiche de la Croix-Rouge. Il s’agit d’une jeune femme tenant son enfant dans ses bras avec en arrière plan le décor de sa maison.

Illustration : Photographie pour la Croix-Rouge © Lucien Lorette

La photographie humaniste, les grands noms

Vivian Maier - Chicago

Chicago 1965 © Vivian Maier

Comme nous l’avons vu, le mouvement humaniste est avant tout français. Les représentants les plus connus sont Robert Doisneau, Henri Cartier-Bresson, Willy Ronis, Édouard Boubat, Izis, Brassaï , René-Jacques, Marc Riboud.

À l’étranger, on retiendra les noms, entre autres, d’André Kertesz, Dorothea Lange, Vivian Maier, Sabine Weiss…

Vous pouvez retrouver certains de ces photographes dans notre page Les grands noms de la photographie. Je vous promets des articles sur chacun d’entre eux dans cette rubrique.

La photographie humaniste, livres génériques

Pour finir je vous propose deux livres qui traitent du mouvement humaniste d’une manière générale. D’autres ouvrages sont disponibles consacrés à chacun des photographes. Nous les retrouvons dans la Librairie de Photo-passions.

La photographie humaniste, 1945-1968: Autour d’Izis, Boubat, Brassaï, Doisneau, Ronis…

Livre photographie humaniste

Auteurs : Dominique Versavel, Laure Beaumont-Maillet et Françoise Denoyelle.

Autour des photographes humanistes célèbres Izis, Boubat, Brassaï, Doisneau, Ronis… plus de soixante reporters-illustrateurs méritent également d’être à l’honneur. Ils ont apporté des témoignages poignants sur la vie des Français de l’après-guerre. La Bibliothèque nationale de France conserve des œuvres de la plupart de ces auteurs, grâce au dépôt légal et à des dons généreux. Ce sont ces fonds qui sont présentés dans l’ouvrage

182 pages – Textes en français – Éditions BNF en novembre 2006 – 22.5 x 25 cm

La photographie humaniste : 1930-1960, histoire d’un mouvement en France

Livre photographie humaniste 1930 - 1960

Auteur Marie de Thézy, avec la collaboration de Claude Nori

Le mouvement humaniste français a marqué la photographie, le cinéma et la littérature de l’ après-guerre. Les photographes avaient initié dès les années trente, cette vision du monde, entre réalisme et poésie.

Dans ce livre « collector » on retrouve l’esprit du mouvement humaniste avec des photos d’une soixantaine de photographes

239 pages – Textes en français – Éditions Contrejour – paru en janvier 1992 –

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Le pictorialisme

Le pictorialisme Robert Demanchy danseuse

Le pictorialisme est un mouvement photographique qui a débuté à la fin du XIXéme siècle et qui s’est prolongé jusque dans les années 1920. Cette période peut paraître courte, pourtant le pictorialisme a été influant dans l’histoire du médium. Il consiste à utiliser des techniques de prises de vue et de développement pour obtenir des tirages dont l’esthétique se rapproche de la peinture, de l’eau forte ou du dessin. Ce fut le premier mouvement photographique international

Dans cet article, nous verrons les origines du mouvement, les techniques employées, les artistes qui l’ont porté et l’héritage de cette esthétique dans l’histoire de la photographie.

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Le pictorialisme, les origines   

Dans nos articles sur les débuts de la photographie et sur les grands noms du médium au XIXème siècle nous voyons que beaucoup de ces précurseurs ont débuté leur carrière artistique par la peinture. La photographie n’est pas admise comme un art (Baudelaire et la photographie). Elle est considérée comme une reproduction fidèle de la réalité. C’est dans ce contexte que le pictorialisme apparait à la fin du XIXème siècle. La volonté des photographes pictorialistes n’est pas de remplacer la peinture mais de faire admettre la photographie comme un art à part entière.

Le pictorialisme Nature morte

Heinrich Kühn, nature morte

Le pictorialisme, les techniques

Les techniques du pictorialisme  étaient destinées à donner à chaque photo une touche unique. Les photographes pictorialistes transformaient les photos en images plus douces, plus expressives,  plus suggestives, accentuant ainsi leur caractère émotionnel. Il s’agissait de considérer la photographie comme un moyen d’expression artistique.

Pour atteindre ces résultats, les pictorialistes utilisaient de nombreux processus techniques et artistiques :

  • objectifs spéciaux pour créer une mise au point atténuée et floue,
  • filtres pour adoucir les contrastes,
  • effets de lumière et de contre-jour,
  • épreuves à la gomme bichromatée, au charbon ou à l’huile,
  • retouche manuelle des négatifs,
  • papiers texturés pour obtenir des effets de matière,
  • superposition des images.

Toutes ces techniques ont permis aux photographes pictorialistes de se libérer du carcan de la réalité pure pour donner à leurs photos une touche personnelle et émotionnelle.

Robert Demanchy La lutte - 1904

Robert Demanchy – La lutte – 1904

les grands noms du pictorialisme

En préambule au mouvement pictorialiste, l’anglais Richard Leach Maddox invente en 1871 un procédé dit «  à plaque sèche ». Il consiste à développer les images à partir d’une suspension de bromure d’argent dans de la gélatine. Cette pratique est à l’origine du courant pictorialiste qui l’a utilisée. En Angleterre Peter Henry Emerson était partisan de la Photographie pure (absence de retouche). Les français Robert Demanchy et Constant Puyo étaient plutôt des adeptes de la retouche des négatifs. Les retouches étaient sujettes à controverse : à force de manipulations, il devenait impossible de différencier la photographie de la peinture ou du dessin.

Si l’autrichien Heinrich Kühn est inspiré par les impressionnistes Monet et Renoir, l’italien Guido Rey est plus influencé par l’œuvre de Vermeer pour ses compositions, Demanchy quant à lui va réaliser une série de danseuses dans l’esprit de Degas. En Europe, c’est la Belgique qui perpétuera le plus longtemps le mouvement pictorialiste, jusque dans les années 1940. J’évoquerai en particulier Leonard Misonne qui a photographié des scènes de rue à Bruxelles et à Londres.

Le pictorialisme Léonard Misonne

Léonard Misonne – Scène de rue

Le pictorialisme outre atlantique

Photo secession

Le pictorialisme né en Europe à la fin du XIXème siècle va traverser l’Atlantique. Le nom d’Alfred Stieglitz reste attaché au mouvement, Edward Steichen fut célèbre pour ses portraits notamment celui de son épouse « La Goulue », Clarence H. White était connu pour ses photographies de nus et de scènes rurales, qui se caractérisent par leur douceur et leur atmosphère intime. Gertrude Käsebier, quant à elle, a tiré avec beaucoup de succès des portraits des américains natifs. Je finirai avec Alvin Langdon Coburn qui a fait la traversée inverse, né aux États-Unis, il  a migré en Grande Bretagne. Il a réalisé des portraits de personnages célèbres tels que George Bernard Shaw puis des photos abstraites qu’il nomme « vortographes »

En 1902 naît à New-York le groupe Photo-secession sous l’impulsion d’Alfred Stieglitz. Ce groupe s’affranchira du pictorialisme original : rejet de l’altération optique et préférence des prises de vue urbaines et industrielles.

L’héritage du pictorialisme

Comme nous venons de le voir, le pictorialisme a introduit des techniques novatrices : utilisation du flou artistique, manipulation des négatifs, tirage sur des papiers texturés… Les photographes se sont affranchis des contraintes techniques pour créer des œuvres plus subjectives et romantiques. Ils ont contribué à faire admettre la photographie comme expression artistique.

Puis, après la vague pictorialiste, le reflux a créé d’autres mouvements. Photo secession, sous l’impulsion d’Alfred Stieglitz et de Fred Holand Day conserve le côté création artistique de la photographie pictorialiste. Mais il fait sécession avec la Royal Photographic Society et son mouvement Linked Ring.

Ensuite, des photographes californiens créent le groupe f/64. Ansel Adams et Edward Weston en sont les précurseurs. Ils sont adeptes de la straight photography  (photographie directe ou photographie pure). Le mouvement rejette toute idée de flou et d’altération optique. 

Le pictorialisme, les grands noms

Edouard Steichen – Mode art déco

Livre : le pictoralisme en France

Le pictorialisme en France

Avant de conclure, je voudrais vous parler de cet ouvrage qui comporte des illustrations de qualité et qui présente de nombreux photographes pictorialistes français. Michel Poivert est l’auteur de ce livre. René le Bégeu en a écrit l’introduction et Bernard Marbot l’a préfacé. Les textes sont en français. L’ouvrage est paru en 1992 aux éditions Hoëbeke. Ses dimensions sont 25 x 31 cm, il comporte 108 pages.

En cliquant sur l’image, vous pouvez aller sur le lien commercial.

Conclusion

Je conclurai cet article en rapprochant la photographie pictorialiste et la photographique numérique contemporaine.

Choisissons une faible ouverture pour obtenir un flou d’arrière plan. Préférons une faible vitesse pour avoir un flou de mouvement. Photographions en format RAW pour ajuster en post-traitement la balance des blancs, la vibrance, la saturation ou la luminosité.  Enfin, modifions nos images pour leur donner l’aspect que nous souhaitons.

Comme à l’époque du pictorialisme, il y aura les critiques qui expliqueront que la retouche d’images, ce n’est pas bien! En conclusion, une fois de plus, je dirai que la bonne photographie est celle que vous voulez faire.

Léonard Misonne

Léonard Misonne

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La première photographie

À l’occasion du bicentenaire de l’invention de la photographie, je réécris cet article précédemment intitulé « L’histoire de la première photographie »

La première photographie était en fait une héliographie, C’était le premier terme employé pour définir cette découverte. Il vient du grec « Hélios » : soleil et « graphie » : écriture. Ecriture par le soleil.

En 1839 que le terme de photographie apparait. Il vient également du grec « photos » : lumière. Ecriture par la lumière

Dès 1816 Nicéphore Niepce débutera ses recherches héliographiques. C’est en 1822, qu’il a réalisé la première héliographie qui a pu être conservée : une prise de vue, à partir de la fenêtre de sa maison de Saint Loup de Varennes, intitulée   « Point de vue du Gras« . En 1824, il écrira à son frère Claude « La réussite est complète ».

Point de vue du Gras

Photo-passions

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Niepce et la première photographie

Nicéphore Niepce était un scientifique. Il était exact, précis, et avait le souci de n’omettre aucun détail. Ainsi le point de vue qu’il avait de sa fenêtre devait être parfait.

Contrairement à ce que l’on voit aujourd’hui du cliché, il y est arrivé ! La première photographie était parfaitement nette. Niepce en était lui-même stupéfait. On y voyait tous les détails. Depuis, elle a bien sûr perdu en définition.

Le  problème des premières photographies était le temps de pose. Sur le point de vue du Gras,  la lumière semble venir de tous les côtés. Nièpce utilisait une plaque d’étain recouverte de bitume de Judée (composé chimique à base d’asphalte) et  il fallait plusieurs jours d’exposition pour sensibiliser la plaque.

L’appareil de la première photographie

La première photographie : l'appareil

La chambre de la découverte

L’appareil utilisé par Niépce est une camera obscura, en français chambre noire. Le terme de camera désigne encore un appareil photographique dans certaines langues.

Cet appareil est visible au Musée Nicéphore Niepce de Chalon-sur-Saône. Il trône au milieu de la pièce consacrée à l’histoire de la première photographie sous le nom de Chambre de la découverte.

L’appareil utilisé par Niépce est une camera obscura, en français chambre noire. Le terme de camera désigne encore un appareil photographique dans certaines langues.

Cet appareil est visible au Musée Nicéphore Niepce de Chalon-sur-Saône. Il trône au milieu de la pièce consacrée à l’histoire de la première photographie sous le nom de Chambre de la découverte.

Épilogue

La disparition prématurée de Nicéphore Niepce ne lui permettra pas de récolter de son vivant les honneurs de son invention. Son associé Louis Daguerre finalisera le procédé. François Arago l’a présenté sous le nom de Daguerréotype en 1837. La paternité de la première photographie sera restituée à Niepce après des démarches pressantes de sa famille.

La première photographie « Point de vue des Gras » avait été envoyée en Angleterre par Nicéphore Niepce pour faire connaître son invention. Plus tard, l’université d’Austin au Texas l’a acquise. Elle y est encore visible. Après le Point de vue du Gras Niepce a réalisé d’autres héliographies que l’on peut voir au Musée de Chalon.

La première photo de l’histoire par PhotoSynthèse

Je vous propose cette vidéo montée par « Photo Synthèse «  qui reprend toute l’histoire.

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Le cyanotype

Le cyanotype

La technique du cyanotype fut mise au point par l’anglais John Herschel et présentée en 1842. Elle repose, comme nous le verrons, sur la sensibilité des sels de fers à la lumière. La couleur bleue est dominante sur les images obtenues avec ce procédé d’où la racine « cyan » de son nom.

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John Herschel

Chimiste averti, John Herschel s’intéressa à la photographie dès sa découverte. Il démontra l’activité du thiosulfate de sodium sur les sels d’halogénures d’argent. Ce fut le premier fixateur utilisé en photographie. Parallèlement à William Fox Talbot, il inventa un procédé de papier photographique sensibilisé en 1839. Il étudie également la réaction à la lumière de diverses solutions chimiques… elle a par exemple un effet décolorant sur les essences de certaines fleurs.

Il a présenté son invention « le cyanotype » lors d’une conférence à la Royal Society de Londres le 16 juin 1842.

John Herschel était également physicien, philosophe, astronome… pour en savoir plus, je vous propose la lecture de l’article que je lui ai consacré en cliquant sur son nom.

Le procédé

La technique du cyanotype résulte de la sensibilité des sels de fer à la lumière. Cette dernière transforme les sels ferriques en sels ferreux.

Une feuille de papier est préalablement enduite au pinceau d’une solution de ferricyanure de potassium et de citrate de fer ammoniacal. La feuille est ensuite séchée puis placée sous un négatif et exposée à la lumière.

Dans un premier temps, les sels jaunissent et l’image apparait. On lave alors la feuille à l’eau claire puis à nouveau, on la laisse sécher. Le jaune vire à un bleu intense et profond, par oxydation à l’air du fer contenu dans l’image.

Le tirage positif ainsi obtenu devient permanent, d’une grande résistance à la lumière.

Télescope géant
Photographie prise par Herschel en 1839

La pratique du cyanotype

La dominante couleur bleue du cyanotype, peu naturelle, le privera d’un réel succès populaire. Il ne sera jamais utilisé comme un procédé courant.

Pourtant l’image cyanotypique est stable, son utilisation est simple et son coût très faible.

On utilisera plus volontiers ce procédé pour des applications professionnelles : illustrations, archivage, plans d’architecture…

John Herschel s’en servira pour faire des copies de ses dessins, notes et calculs rapidement, par contact direct. Il réalisera également des photogrammes.

Anna Atkins

Anna Atkins, (1799 – 1871) est une illustratrice et botaniste britannique.

Elle est considérée comme une pionnière de l’utilisation d’images photographiques (notamment par cyanotype) pour illustrer des ouvrages imprimés. Elle serait même la première femme à avoir réalisé une photographie (si ce n’est Constance Talbot, épouse de William Fox Talbot).

Anna Atkins n’utilise pas d’appareil de prise de vue pour réaliser ses illustrations. Elle s’inspire de la méthode des dessins photogéniques de Talbot : elle dispose les plantes séchées et pressées sur le papier sensibilisé (après application d’un mélange de ferricyanure de potassium et de citrate d’ammonium ferrique) et expose l’ensemble à la lumière. L’empreinte de la plante apparait en clair sur le fond sombre, à l’endroit où elle a fait écran à la sensibilisation des sels ferreux.

L’image obtenue est un photogramme.

Algue brune Cyanotype d’Anna Atkins

Pteridium aquilinum Cyanotype d’Anna Atkins

Dès 1843 elle utilisera la technique du cyanotype, présentée l’année précédente par Herschel pour illustrer ses ouvrages sur les algues  British Algae : Cyanotype Impressions

En 1853, elle appliquera le même procédé aux fougères et publie Cyanotypes of British and Foreign Ferns.

Henri Le Secq

Henri Le Secq, photographe français (1818 – 1882)  était réputé pour ses prises de vue de monuments historiques. Il a en particulier travaillé avec Violet Le Duc pour photographier la cathédrale d’Amiens avant sa restauration. Il participera à la mission héliographique en 1851 et aura la charge de photographier plus particulièrement les édifices religieux. En 1852 – 1853, il fit les prises de vue des quartiers de Paris voués à la démolition par les projets d’Haussmann.

Le cyanotype : Hôtel de Ville de Paris 1853 par Henri Le Secq

Hôtel de Ville de Paris 1853 par Henri Le Secq

Le cyanotype Nature Morte Henri Le Secq

Nature morte par Henri Le Secq

Le Secq utilisait généralement pour ses travaux  le procédé du collodion humide, en particulier lors de la mission héliographique. Mais il a également pratiqué la technique du cyanotype, pour photographier des monuments gothiques de Paris ou plus tard des natures mortes et des portraits.

Les pictorialistes

Au début du XXème siècle, le mouvement pictorialiste s’intéresse au procédé du cyanotype pour ses qualités esthétiques.

Contrairement aux photographes professionnels, qui s’appliquent à obtenir un rendu minutieux, avec des détails très proches de la réalité, les pictorialistes interprètent la photographie d’une manière artistique, en décalage avec la réalité. Pour obtenir des couleurs proches de la sanguine ou du fusain, ils utilisent des procédés tels que les tirages pigmentaires à la gomme bichromatée. Tout naturellement certains d’entre eux trouveront un intérêt dans les nuances bleutées du cyanotype.

Les membres du groupe américain Secession Paul Bury Haviland, Clarence Houdson White, Alfred Stieglitz, et Alvin Langdon Cobum laisseront un nombre important de cyanotypes.

Le Cyanotype de Paul Haviland

Jeune femme en kimono. Cyanotype de Paul Haviland.

Sur cette photographie réalisée par Paul Bury Haviland, le rendu bleuté, flou, laiteux, donne un aspect romantique au portrait.

Le cyanotype aujourd’hui.

Les facilités d’utilisation du procédé cyanotypique permettent aujourd’hui encore de le pratiquer. Des kits cyanotypiques sont disponibles dans le commerce pour réaliser des photogrammes. Ils contiennent les solutions chimiques, le papier à imprimer, le cadre en verre, et le livret d’instruction. Ce n’est pas vraiment de la photographie mais c’est un loisir créatif qui initie au jeu de la lumière.

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Le collodion humide

Les découvreurs

Le collodion humide, Gustave Le Gray

Le français Gustave Le Gray fut le premier à remplacer l’albumine par le collodion humide pour fixer l’émulsion sur le verre. Il publia le 1er juin 1850 le «Traité pratique de photographie sur papier et sur verre». Pourtant, n’étant pas convaincu par le tirage sur verre, il négligea son invention, pour se consacrer à des recherches sur des tirages sur papier (moins sensibles mais qui donnaient un rendu plus artistique).

Le collodion humide, Frederick Scott Archer

Finalement c’est l’anglais Frederick Scott Archer qui finalisa cette invention et c’est à lui qu’en est attribué la paternité en 1851.  Ni Le Gray, ni Scott Archer n’ont déposé le brevet et n’en tirèrent pas de profit.

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Le procédé

Le collodion s’obtient en mélangeant du nitrate de cellulose avec de l’alcool et de l’éther. On étend le mélange sur une plaque de verre. Quand il commence à se figer, on plonge la plaque dans un bain de nitrate d’argent pour la sensibiliser. Les sels contenus dans la pellicule sont ainsi transformés en halogénure d’argent, sensible à la lumière.

Après avoir ressorti et égoutté la plaque, on la transfère dans un châssis étanche à la lumière. Il est à noter que toutes ces opérations se font en chambre noire.

On procède alors à la prise de vue et on développe la plaque immédiatement, en chambre, en lumière rouge (le nitrate d’argent est insensible à la lumière rouge). Le développement se fait avec de l’acide gallique ou du sulfate de fer. On utilise du thiosulfate de sodium ou du cyanure de potassium pour la fixation.

Enfin, on met en contact le négatif-verre avec le papier et on les expose à la lumière. L’image apparait au bout d’un temps variant de quelques minutes à une heure selon la luminosité.

Le format des plaques commence à 6 cm x 8 cm pour atteindre 46 x 63 cm pour les plus grandes.

La place du collodion humide dans l’histoire de la photo

Le collodion humide, photographie de Gustave Le Gray

Gustave Le Gray : Brick au clair de lune (1856)

Les clichés obtenus grâce au procédé du collodion humide étaient d’une grande finesse et faisaient ressortir une plage de gris très étendue. Ce qui a permis à cette pratique de rencontrer une grande popularité en particulier dans les années 1870- 1880.

Son autre avantage est la vitesse de prise de vue : quelques secondes de pose au lieu de plusieurs minutes précédemment.

Par contre, si la vitesse est un avantage à la prise de vue elle est un inconvénient majeur pour les manipulations. La préparation, l’exposition et le développement ne devaient pas dépasser 15 à 30 minutes selon la température et l’hygrométrie ambiante. En effet, une fois sèche, la plaque devenait insensible et une prise de vue déjà faite était impossible à développer. Cette rapidité d’exécution imposait aux photographes de déplacer leur laboratoire près du sujet photographié.

Le collodion humide forme l’image en négatif. Elle est de couleur argent et non noire. En plaçant la plaque développée sur un fond noir, une image positive reflétée par les zones d’argent métallique apparaît il s’agit alors d’un ambrotype.

D’autre part, avec le procédé du collodion humide, la plaque est hypersensible à la couleur bleue. Les cieux apparaissent blancs. Gustave le Gray résolut cet inconvénient pour ses photos de marine. Il prenait deux clichés d’un même sujet, un pour le ciel, un pour le reste de l’image. Ensuite, il assemblait les deux clichés lors du développement.

Le collodion humide dut laisser la place à de nouveaux procédés. Le collodion sec d’une part, à partir de 1870. Le gélatino-bromure d’argent sur plaque sèche, d’autre part, à partir de 1880. Ces procédés amorceront les prémices de la photographie contemporaine.

Le collodion humide aujourd’hui

Le collodion humide, photographie de Jacqueline Roberts

Portrait extrait de la série « Nebula » de Jacqueline Roberts

Aujourd’hui des photographes professionnels et amateurs pratiquent encore la photographie en utilisant le procédé du collodion humide. Ils peuvent ainsi redécouvrir les sensations des pionniers de la photographie.

La complexité de la mise en œuvre du procédé pour obtenir un cliché unique relève d’une véritable démarche artistique. Cette méthode apporte à la photo une intensité unique, un mélange entre ombre et lumière et pour les portraits, elle souligne la profondeur des regards.

C’est le procédé du collodion humide que la photographe Jacqueline Roberts a retenu pour sa série de portraits « Nebula » (exemple ci-contre). Elle a considéré que cette méthode était parfaitement adaptée à ses modèles en transition entre l’enfance et l’adolescence.

Exposition 2017, à Paris

Elsa Silva – 2016 © Ritual Inhabitual

En 2017, le musée de l’Homme de Paris a organisé une exposition sur le peuple Mapuche. (signifie peuple de la terre) Cette communauté vit dans le sud du Chili et a conservé ses traditions ancestrales.

Toutes les photos présentées ont été réalisées par le collectif « Ritual inhabitual » grâce au procédé du collodion humide. Les artistes ont souhaité s’identifier aux premiers voyageurs ethnographiques en Amérique du Sud, à la fin du XIXème siècle. Ces scientifiques faisaient alors appel à la chambre noire pour photographier les populations autochtones..

Voici un texte d’ Agathe Lautréamont de Beaux-arts magazine qui explique son approche lors de sa visite à l’exposition « Mapuche », face aux photos : du scepticisme, curiosité et finalement adhésion :

 » … un certain malaise s’empare de nous au moment de détailler ces portraits : pourquoi ces visages fermés ? Pourquoi ces postures raidies ? Pourquoi certaines mains sont-elles floues là où les traits demeurent parfaitement figés ?

Un rapide coup d’œil aux dernières photographies de très petit format, qui viennent clôturer ce gigantesque collage, éclaire le mystère de ces poses roides. Nous ne sommes pas là face à des images numériques ou argentiques, mais bien devant des clichés réalisés à l’aide d’une technique ancestrale : des négatifs sur verre au collodion humide. »

Rendez-vous

j’ai eu la même réaction que celle d’ Agathe Lautréaumont en visitant l’exposition actuelle des « Rendez- vous du Parc » à Chalon sur Saône, exposition intitulée « Portraits bruts » consacrée à Enzo Lucia. C’est un jeune photographe chalonnais qui s’est spécialisé dans la photographie au collodion humide. Je vous le présenterai dans un prochain article, ainsi que l’exposition « Portraits bruts ».

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Le Calotype

William Henry Fox-Talbot

William Henry Fox Talbot a inventé le calotype, déposé en 1841. Mais il avait entrepris des expériences « photographiques » dès 1833, comme le « dessin photogénique ». Ce procédé consistait à déposer des objets sur une feuille de papier sensibilisé par trempage dans une solution de chlorure de sodium puis dans une solution de nitrate d’argent. Après exposition à la lumière du soleil, les objets laissaient leur empreinte en négatif. Les parties protégées restaient blanches. Celles qui étaient exposées s’assombrissaient en prenant des teintes dégradées entre le sépia et le brun foncé.

Photo-passions

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Le calotype

En 1839, le daguerréotype fut présenté comme le premier procédé photographique mais il avait un  inconvénient majeur : les images n’étaient pas reproductibles. C’est à William Henry Fox Talbot que l’on doit le procédé du négatif sur papier, et tirage de positifs multiples. Il déposa le brevet du « calotype » en 1841.

Calotype-William-Henry-Fox-Talbot-négatif-positif

Le négatif était constitué d’une simple feuille de papier sur laquelle était étalée une solution d’iodure d’argent puis. Après séchage, Talbot l’enduisait d’une autre solution qu’il nommait « gallo-nitrate d’argent ». Il introduisait la feuille ainsi préparée dans la chambre noire. Le temps de pose était de 1 à  2 minutes. Après la prise de vue, il développait la feuille avec la même solution (gallo-nitrate d’argent). Puis il la lavait et la fixait au bromure de potassium. (ce bromure de potassium sera plus tard remplacé par de l’hyposulfite de soude).

Le positif était également tiré sur une feuille de papier, mouillée dans une solution de sel de cuisine. Puis, après un séchage succinct elle était enduite d’une solution de nitrate d’argent. Le négatif papier était ensuite appliqué contre le support positif. L’ensemble était pressé dans un châssis et exposé à la lumière jusqu’à ce que l’image se révèle sur le positif. Celle-ci était enfin fixée avec de l’hyposulfite de soude.

Livre : The pencil of nature

Malgré cette faculté de reproduction multiple le calotype ne connut pas le succès du daguerréotype. Les images étaient de moins bonne qualité et William Talbot avait déposé des brevets qui ne permettaient pas de développer le procédé. Le brevet du daguerréotype avait été racheté par l’état français qui l’a « offert au monde » suivant la formule employée à l’époque. On dirait aujourd’hui qu’il est entré tout de suite dans le domaine public.

En 1844, Talbot publia le premier livre illustré de photographies, « The pencil of Nature » (Le crayon de la nature). Cet ouvrage traitait de ses découvertes et était illustré de vingt-quatre calotypes.

Une réédition de cet ouvrage en anglais est disponible à la vente

Le calotype en vidéo

Vous trouverez en cliquant ci-dessous une vidéo de « Photo – synthèse » qui explique brillamment le calotype.

le-calotype-lien-photo-synthèse

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Le Sténopé

La sténopé : chambre noire

La chambre noire (camera obscura) est une boite dont l’intérieur est peint en noir mat (ou revêtu de noir). On perce un trou de petite taille appelé sténopé sur un coté de la boite. Sur le coté opposé au trou, à l’intérieur, on place un papier photo. Par l’effet de la lumière, ce qui est en face de la boite (objet, paysage) va s’écrire sur le papier. Comme l’œil, le sténopé capture les images inversées. Comme aurait dit un humoriste du siècle dernier, pour que le papier s’imprime, il faut un « certain temps ». Selon la taille de l’appareil et de l’ouverture, on peut compter des secondes ou des heures !

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Un peu d’histoire

Dès le Vème siècle avant JC un philosophe chinois, appelé Mozi explique comment des rayons lumineux produisent une image inversée dans une boite noire en s’infiltrant par un trou. Aristote mentionne au IVème siècle avant JC « la Camera obscura :Tout objet placé en face une boite entièrement fermée, et percée d’un trou se reflète  renversé sur le fond de cette boite». C’est le principe du sténopé.

Au XIème siècle, le physicien arabe Alhazen, établit que les rayons lumineux se propagent en ligne droite. Ils forment un cône en se dirigeant vers le trou de la camera obscura. Ensuite ils forment un cône inversé après avoir franchi l’ouverture. Si on place un objet sur la trajectoire des rayons il se dessine inversé sur la surface opposée.

Léonard de Vinci, étudiera également, à la Renaissance, le principe de la chambre noire pour approfondir les connaissances sur le fonctionnement de la vision, le comportement de la lumière et les lois de la perspective.

Les peintres de la Renaissance utilisent la chambre noire pour réaliser les ébauches de leurs œuvres avec des proportions exactes.

Je raconte en détail cette histoire dans mon article :  » La préhistoire de la photographie « 

Fabriquer un sténopé

Si vous voulez fabriquer un sténopé, je vous invite à regarder cette vidéo dans laquelle des jeunes gens racontent leur expérience …

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La préhistoire de la photographie

On situe la naissance de la photographie en 1839. C’est l’année de la présentation du daguerréotype par Arago à la Chambre des Députés et à l’Académie des Sciences. La gestation de cette invention a commencé dès 1816 par les recherches héliographiques de Nicéphore Niépce. Sa première photo conservée, date de 1822. Mais depuis l’antiquité on observe le principe de la réflexion d’une image dans une boite noire, à travers un trou. Cet article raconte la préhistoire de la photographie.

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La chambre noire

C’est au Vème siècle avant JC qu’un philosophe chinois, appelé Mozi explique pour la première fois comment des rayons lumineux produisent une image inversée dans une boite noire en s’infiltrant par un trou. Aristote mentionne au IVème siècle avant JC « la Camera obscura » dans l’un de ses ouvrages « les Problèmes » : «Tout objet placé en face une boite entièrement fermée, et percée d’un trou se reflète  renversé sur le fond de cette boite». C’est le principe du sténopé.

Préhistoire de le photographie : la chambre noire

Au XIème siècle, le physicien arabe Alhazen, dans son traité d’optique de 1027 établit que les rayons lumineux se propagent en ligne droite. Ils forment un cône en se dirigeant vers le trou de la camera obscura. Ensuite ils forment un cône inversé après avoir franchi l’ouverture. Si on place un objet sur la trajectoire des rayons il se dessine inversé sur la surface opposée. Alhazen identifie la formation visuelle de l’œil au principe de la camera obscura.

La préhistoire de la photographie Renaissance

Léonard de Vinci, étudiera également, à la Renaissance, le principe de la chambre noire pour approfondir les connaissances sur le fonctionnement de la vision, le comportement de la lumière et les lois de la perspective. En 1514,  il  explique : « En laissant les images des objets éclairés pénétrer par un petit trou dans une chambre très obscure tu intercepteras alors ces images sur une feuille blanche placée dans cette chambre. […] mais ils seront plus petits et renversés »

Les peintres de la Renaissance utiliseront la chambre noire pour réaliser les ébauches de leurs œuvres avec des proportions exactes.

La lentille

Pour obtenir des images suffisamment détaillées, le trou du sténopé devait être de petite dimension. Cette nécessité avait un inconvénient : les images manquaient de luminosité.

Au XVIème siècle l’apport de la lentille de verre permet d’améliorer la qualité de l’image. La lentille focalise les rayons du soleil ce qui permet d’agrandir le trou de la chambre noire et d’obtenir une image plus claire.

A qui attribuer l’apport de la lentille ? De Vinci en aurait utilisé mais la première référence écrite de Girolamo Gardano date de 1550. En 1558, Giovanni Battista della Porta décrit l’utilisation de la lentille optique dans son livre « Lumière Naturelle »

En 1568 le Cardinal Daniele Barbaro compose un traité d’optique : « la Pratique de la perspective ». Il contient une description détaillée de l’utilisation d’une lentille avec la chambre noire.

Au XVIIème siècle Robert Hook construit des chambres noires en essayant des lentilles de forme courbe et des écrans de projection concaves au fond de la boite. Le but étant de reproduire le principe de la vision humaine. Robert Hook construisit également des chambres noires portables. On les utilise dans la topographie ou pour l’illustration de guides touristiques.

La préhistoire de la photographie : Lentille

En 1685, l’allemand Yohann Zahn publie un ouvrage encyclopédique dans lequel il décrit et illustre tous les modèles de chambres noires, entre autres technologies  (lanternes magiques, microscopes, télescopes, réflecteurs, lentilles…) L’inventaire de Zahn est considéré comme le plus complet sur le sujet de la camera obscura.

Zahn a également conçu plusieurs chambres noires portables en particulier une de 23″ (58 cm) de long qui restera une référence jusqu’à l’invention de la photographie. Elle dispose d’un miroir qui projette l’image sur un papier posé sur une vitre, dans la partie supérieure de l’appareil. La lentille est constituée de 2 tubes qui coulissent l’un dans l’autre, permettant de focaliser.

Le XVIII ème siècle

Le XVIIIème siècle, est le plus important dans l´histoire de la chambre noire qui connait des améliorations successives et de nombreux nouveaux modèles. De nombreuses publications font référence à la chambre noire. L´Encyclopédie de Diderot et D’Alambert reproduit les gravures de deux modèles utilisés à cette époque.
Les scientifiques utiliseront des chambres noires pour illustrer leurs publications avec des images de qualité. Les artistes en utilisent également avec diverses lentilles pour le cadrage de leurs sujets. Ils obtiennent des images claires et nettes qu’ils transfèrent sur leurs toiles avec des perspectives exactes.

Thomas Wedgwood

En 1802,  le britannique Thomas Wedgwood apporta une contribution essentielle à la technique photographique. Il utilisa du nitrate d’argent dont il enduisit le papier capteur. Il a ainsi réussi à créer une image photographique pouvant être conservée dans une chambre noire.

Malheureusement, l’image disparaissait lorsqu’elle était exposée à la lumière…

Thomas Wedgwood

Thomas Wedgwood

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le daguerréotype

Le daguerréotype

Louis Daguerre et François Arago présente en 1839 le daguerréotype. Cette invention finalise les recherches héliographiques de Nicéphore Niepce, décédé subitement en 1833.

Nicéphore Niépce introduisait dans sa camera obscura une plaque de laiton enduite de bitume de Judée. Ce procédé permettait de fixer les images sur la plaque mais les temps d’exposition étaient très longs (on parle de plusieurs jours pour la première photo « le point de vue du Gras »).
Les recherches de Daguerre ont consisté à améliorer le procédé pour obtenir une meilleure définition de l’image et pour diminuer les temps de pose. Il utilisait des plaques de cuivre enduites d’argent qu’il sensibilisait à la vapeur d’iode, obtenant de l’iodure d’argent. L’image était ensuite révélée  avec des vapeurs de mercure.

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Anecdote

Comment Daguerre, (qui n’était pas chimiste) a pu mettre au point un tel procédé ? Le Professeur Ostwald, chimiste allemand, répond à cette question  en rapportant cette anecdote dans un écrit de 1904 :

… Il est instructif de connaître l’histoire de la découverte de ce procédé. Daguerre avait d’abord cherché à utiliser directement le noircissement de l’iodure d’argent à la lumière, et il avait dirigé ses recherches vers la préparation d’une couche assez sensible pour que le noircissement s’y fasse le plus vite possible. Il avait une fois commencé à prendre une vue, mais fut obligé d’abandonner son travail, et comme la plaque n’avait pas encore noirci, il la crut bonne pour une nouvelle expérience et la mit à cet effet dans une armoire obscure.

Le lendemain, il trouva l’image sur la plaque. Il s’aperçut bientôt qu’une image se produisait chaque fois qu’une plaque éclairée un instant était mise dans l’armoire, mais ne savait pas lequel des objets placés dans cette armoire produisait cet effet. Il éloigna ces objets l’un après l’autre, mais obtenait toujours des images, même une fois l’armoire entièrement vidée. D’autres armoires, dans les mêmes conditions, ne fournissaient pas d’image. Finalement, il découvrit quelques gouttes de mercure dans les joints du bois, et une expérience de vérification lui fit voir que l’image se développait lorsqu’on maintenait la plaque au-dessus de mercure métallique.( Ostwald)

Comme souvent, le hasard donna un coup de pouce au destin.

Une photo historique : un des premiers daguerréotypes

Le daguerréotype

Boulevard du Temple

Cette photo est un des premiers daguerréotypes,

L’image, d’environ 13 x 16 cm, a été prise par Louis Daguerre depuis la fenêtre de son atelier, à 8 heures, un matin d’avril ou de mai 1838. On peut reconnaître l’entrée du boulevard du Temple.

C’est une photo historique : elle est la première image connue où figurent des êtres humains.

En 1937, Daguerre a fini la mise au point du procédé. Il obtient des images d’une bonne qualité. Les temps de pose étaient de 15 à 30 minutes, ce qui était une grande avancée par rapport aux premières épreuves de Niépce mais  ça ne permettait toujours pas de réaliser des portraits. L’image n’était pas reproductible, les supports étaient fragiles et oxydables

François Arago a présenté le daguerréotype à la Chambre des Députés le 3 juillet 1839 puis le 19 août à l’Académie des Sciences. L’Etat français a racheté cette invention pour « l’offrir au monde », suivant la formule retenue. Louis Daguerre obtint une rente confortable.

Dès 1841, les avancées scientifiques permettent de réaliser un portrait en moins d’une minute. La daguerréotypie se répand commercialement, de nombreux ateliers ouvrent leurs portes dans les années 1840. La réduction du format des images permit très vite de ramener les temps de pose à quelques dizaines de secondes.

Puis, après une dizaine d’années de succès, de nouvelles technologies permettant des images multiples ont remplacé le daguerréotype.

Je vous propose cette excellente vidéo réalisée par « Photo Synthèse «  qui résume toute l’histoire du daguerréotype

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Baudelaire et la photographie

Baudelaire et la photographie

Portrait de Baudelaire par Carjat

Comme toutes les inventions et nouvelles initiatives, la photographie eut ses détracteurs parmi lesquels Charles Baudelaire, sujet de cet article.

Il fut un détracteur très caustique de la photographie, assimilée à un art. Pourtant il est l’ami de Carjat et de Nadar, il fréquente volontiers les studios de photographie pour se faire «tirer le portrait»… si on fait abstraction de ses provocations à l’égard de la photographie, on se rend compte que l’analyse qu’il en fait est plutôt prémonitoire.

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Et, il y eut ceux qui avaient des craintes irrationnelles à l’égard de cette nouvelle technologie. Ainsi Balzac  « craignait (comme le mentionne Nadar dans ses mémoires)  qu’à chaque prise de vue, une part de son âme soit captée par l’appareil photographique et finisse, à force de clichés par le laisser sans vie ».

Sur le portrait ci-contre, réalisé par Louis Auguste Bisson en 1842, Balzac prend soin de détourner son regard de l’appareil.

Honoré de Balzac en 1842

« Le public moderne et la photographie »

Ainsi s’intitule la lettre que Baudelaire adresse à Jean Morel, directeur de la revue française en 1859. Il révèle dans cette diatribe sa peur devant l’engouement du public pour une « industrie » au détriment des arts. L’art est la recherche du beau, alors que la photographie est le constat du vrai :

« Un Dieu vengeur a exaucé les vœux de cette multitude. Daguerre fut son messie. Et alors elle se dit : “Puisque la photographie nous donne toutes les garanties désirables d’exactitude … l’art c’est la photographie”. À partir de ce moment, la société immonde se rua, comme un seul Narcisse, pour contempler sa triviale image sur le métal… »

« Comme l’industrie photographique était le refuge de tous les peintres manqués, trop mal doués ou trop paresseux pour achever leurs études, cet universel engouement portait non seulement le caractère de l’aveuglement et de imbécillité, mais avait aussi la couleur d’une vengeance. »

Il définit ensuite ce qu’il considère être la vocation de la photographie :

 » Il faut donc qu’elle rentre dans son véritable devoir, qui est d’être la servante des sciences et des arts… comme l’imprimerie et la sténographie, qui n’ont ni créé ni suppléé la littérature. Qu’elle enrichisse rapidement l’album du voyageur et rende à ses yeux la précision qui manquerait à sa mémoire, qu’elle orne la bibliothèque du naturaliste, exagère les animaux microscopiques, fortifie même de quelques renseignements les hypothèses de l’astronome… Qu’elle sauve de l’oubli les ruines pendantes, les livres, les estampes et les manuscrits que le temps dévore, les choses précieuses dont la forme va disparaître et qui demandent une place dans les archives de notre mémoire, elle sera remerciée et applaudie. »

Dans ces lignes, Baudelaire prévoit que la photographie « exagérera les animaux microscopiques », bien avant l’usage de la macro photographie et il envisage par ailleurs qu’elle réduira « la place des archives de notre mémoire ». Ce vœu se réalisera vraiment avec l’archivage numérique … 150 ans plus tard !

Baudelaire – Nadar

Si Nadar, est attiré par toutes les formes de progrès, (photographie, aérostation) Baudelaire les décrie. Mais ils se sont connus au temps de la bohème, bien avant que Nadar ne s’intéresse à la photographie. Et ils sont restés amis. L’approche de Nadar pour la réalisation de ses portraits (sans mise en scène, sans fioriture, mise en confiance du sujet) devait convenir à Baudelaire. En 1865 l’écrivain disait à sa mère, dans une lettre, qu’il aimerait avoir un portrait d’elle. Il lui conseillait un photographe du Havre , car la plupart des photographes « prennent pour une bonne image une image où toutes les verrues, toutes les rides, tous les défauts, toutes les trivialités du visage sont rendus très visibles, très exagérés », il voulait de sa mère « un portrait exact mais ayant le flou du dessin ». On pense aux photos de Baudelaire réalisées par Nadar en 1854 qui correspondent à ces critères…

En 1855 Baudelaire dédicace à son ami Nadar, l’avant dernier poème des Fleurs du mal, inspiré par une séance de prises de vue.

Baudelaire et la photographie, portrait par Nadar

 » Le rêve d’un curieux

Connais-tu, comme moi, la douleur savoureuse,
Et de toi fais-tu dire : « Oh ! l’homme singulier ! »
— J’allais mourir. C’était dans mon âme amoureuse,
Désir mêlé d’horreur, un mal particulier ;

Angoisse et vif espoir, sans humeur factieuse.
Plus allait se vidant le fatal sablier,
Plus ma torture était âpre et délicieuse ;
Tout mon cœur s’arrachait au monde familier.

J’étais comme l’enfant avide du spectacle,
Haïssant le rideau comme on hait un obstacle…
Enfin la vérité froide se révéla :

J’étais mort sans surprise, et la terrible aurore
M’enveloppait. — Eh quoi ! n’est-ce donc que cela ?
La toile était levée et j’attendais encore.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, »

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