Vivian Maier

Vivian Maier a vécu une vie anonyme, consacrée aux enfants dont elle avait la charge (elle était nourrice). C’est sa passion qui la rendra célèbre, et l’inscrira au panthéon des plus grandes photographes américaines du XXème siècle. Le destin voudra que des collectionneurs découvrent une œuvre photographique extraordinaire au hasard d’une vente aux enchères. L’auteur de cette œuvre ne sera identifiée que quelques jours après son décès.

Vivian Maier autoportrait
Vivian Maier autoportrait

L’enfance de Vivian Maier

Vivian est née à New York le 1er février 1926. Son père, Charles Maier était américain, d’origine autrichienne, employé dans une droguerie new yorkaise. Sa mère, Maria Joussaud était une française (des Hautes Alpes), immigrée de fraiche date, qui avait obtenue la nationalité américaine par son mariage en 1919. Vivian était la cadette de la famille, son frère, Charles William, étant né en 1920.

Le couple se sépare en 1929. Charles William est confié à la garde de ses grands-parents paternels. Vivian suit sa mère qui trouve refuge dans le Bronx, chez une amie, Jeanne Bertrand, également originaire des Hautes Alpes.

Jeanne était presque quinquagénaire en 1929. Elle était arrivée aux Etats Unis à l’âge de 12 ans. Artiste dans l’âme, elle a d’abord été une photographe réputée, (premières pages de magazines, articles élogieux). Elle a ensuite acquis une renommée comme sculptrice à New York. C’est elle qui a fait découvrir la photographie à Marie et à la petite Vivian.

Jeanne Bertrand
Jeanne Bertrand
Vivian Maier et les enfants du Champsaur
Vivian et les enfants du Champsaur
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Vivian et sa mère Marie

En 1932 (ou 1933) Marie, Jeanne et Vivian partent pour la France, à Saint Bonnet en Champsaur. Des photographies prises par Marie pendant cette période sont des témoignages de leur séjour. Jusqu’à leur retour aux Etats Unis en 1938, Vivian pourra pratiquer la langue et s’imprégner de ses origines françaises.

Vivian Maier à New York

Vivian Maier à New York
New York – Juin 1954

Dès la fin de son adolescence, Vivian sera employée comme vendeuse puis, elle sera nourrice au domicile de familles aisées.

Elle reviendra dans le Champsaur entre 1950 et 1951 pour vendre une propriété qui lui a été léguée par sa grand-tante. Elle en profitera pour rendre visite aux membres de sa famille, et au cours de longues promenades, elle prendra de nombreuses photographies, quelques soient les conditions atmosphériques

À son retour à New York, elle reprend son activité de nourrice, et avec le premier Rolleiflex, qu’elle achète en 1951, elle continue à photographier le monde qui l’entoure.

Vivian Maier à Chicago

Vivian Maier - Chicago
Chicago 1965

Après quelques mois passés en Californie, Vivian s’installe à Chicago de façon définitive en 1956. Elle entre au service de la famille Gensburg dans laquelle elle s’occupe des trois garçons : John, Lane et Matthew. Elle est bien installée, avec une chambre et une salle de bain privée qui lui sert également de chambre noire. Dès qu’elle le peut, elle part dans la rue photographier la vie quotidienne des habitants, enfants, travailleurs, riches ou pauvres, handicapés, mendiants ou marginaux.

Vivian Maier voyage

vivian Maier dans les Alpes françaises
Alpes françaises

Notre nounou photographe a fait de nombreux voyages sur le continent américain (nord et sud).

Elle prendra un congé, entre 1959 et 1960 pour faire le tour du monde : au départ de Los Angeles, elle se rendra en Thaïlande, en Inde, au Yémen, en Egypte, en Italie, puis en France. Dans les Hautes Alpes, elle parcourra à nouveau routes et chemins à bicyclette en prenant de nombreuses photographies.

Très secrète, Vivian ne dira jamais où elle est allée pendant cette période à la famille Gensburg.

Elle ne reviendra jamais en Europe mais continuera à faire de courts voyages sur le continent américain.

Retour à Chicago

Photographie couleur, cabriolet
Cabriolet Chicago

De retour à Chicago, elle reprendra son service chez les Gensburg jusqu’en 1968. (et oui, les enfants grandissent et n’ont plus besoin de nounou !) Elle restera en contact avec cette famille dans laquelle elle s’est toujours bien sentie. Les trois garçons ont gardé un excellent souvenir de leur nounou qu’ils comparaient à Mary Poppins.

C’est à cette époque que Vivian va passer à la photographie couleur. Elle achète un Kodak et un Leica 35 mm. Elle va dorénavant cesser de développer ses clichés, stockant les négatifs.

Vivian continue simultanément à exercer son métier de nourrice, allant de famille en famille. Elle arrivait dans les maisons avec des quantités impressionnantes de cartons qui contenaient ses archives. Un de ses employeurs en a compté plus de 200 !

Elle ne fréquentait plus sa famille depuis longtemps quand sa mère est décédée en 1975. Son frère l’a suivie en 1977. 

Fin de vie

Vivian finira sa carrière de nourrice en 1993, après quatre ans passés auprès de Chiara Bayleander, adolescente handicapée mentale, dont elle s’occupait avec beaucoup d’humanité.

Evidemment, la situation financière de Vivian était précaire. A la fin des années 1990, les frères Gensburg l’installent dans un appartement confortable à Rogers Park au bord du lac Michigan. Ils seront encore là, lors de son hospitalisation en décembre 2008, à la suite d’une chute. À sa sortie de l’hôpital, ils l’installent dans une maison de convalescence où elle mourra le 21 avril 2009.Ils ne se doutaient certainement pas que c’est la nécrologie qu’ils publieront dans le Chicago Tribune à la suite de son décès qui donnera un nom à l’une des plus grandes photographes du XXème siècle.

Révélation

Quand Vivian Maier est décédée, la révélation de son œuvre avait déjà débutée. En 2007, plus de 150 000 pièces avaient été saisies dans le garde-meuble que Vivian ne pouvait plus payer. Les tirages, les films, les négatifs et les pellicules en partie non développés ont été vendus aux enchères en 3 lots. Un des acquéreurs, John Maloof, eut connaissance, en revendant des tirages sur E bay, de la valeur artistique des photographies. Il a pu racheter une partie des lots des deux autres collectionneurs et commencer un vaste travail de classification, d’investigation, puis de reconnaissance.

Joihn Maloof devant son trésor
John Maloof devant le legs de Vivian Maier

Les autoportraits avaient permis à  John Maloof de donner un visage à la photographe mais il ne connaissait pas son identité. Il avait entrepris le développement et la numérisation des photographies. C’est en 2009, qu’il trouva dans un carton une enveloppe avec un nom et un prénom écrits au crayon « Vivian Maier ». En recherchant sur internet il trouva la nécrologie que les frères Gensburg venaient de publier dans le « Chicago Tribune ».

John Maloof se consacre dorénavant à la reconnaissance posthume de Vivian Maier. Il a retrouvé et interrogé des personnes qui l’avaient connue et il a pu ainsi reconstituer sa biographie.

Reconnaissance

Maloof organise une première exposition au Centre culturel de Chicago « Finding Vivian Maier » L’exposition rencontre un succès immédiat. La vie et l’œuvre de Vivian fascinent aussitôt le monde entier.

Il a publié un premier livre « Vivian Maier : street photographer », en 2011.

John Maloof a coproduit un documentaire en 2013 avec Charlie Siskel également intitulé  « Finding Vivian Maier », en français : « À la recherche de Vivian Maier ». Il relate les conditions de sa découverte et interviewe de nombreuses personnes ayant connu la photographe. Ce film a obtenu en 2015 les oscars du meilleur film documentaire. À partir de cette date, les plus grandes galeries, les plus grands musées organisent des expositions et rétrospectives « Vivian Maier » qui suscitent partout un immense enthousiasme.

Affiche du film « A la recherche de "Vivian Maier »
Affiche du film « À la recherche de Vivian Maier »

L’œuvre de Vivian Maier

C’est sans aucun doute Jeanne Bertrand qui a initié Vivian à la photographie. La qualité de ses clichés donne à penser qu’elle s’est inspirée de Lisette Model. Celle-ci donnait des cours de photographie à New York en 1952, mais il est peu probable que Vivian y ait participé. C’était une autodidacte qui visitait des galeries, consultait des magazines. La réussite de ses clichés tant en exposition qu’en composition en font une photographe de génie.
L’exposition de fin 2021, au Musée du Luxembourg à Paris, est sans doute la plus complète jamais présentée sur Vivian. Organisée par thème, elle est très pédagogique Je détaille ces thèmes dans mon article : Vivian Maier, exposition.

Hommages

Comme nous l’avons vu, dans le monde entier des expositions présentent la nounou photographe depuis la découverte de John Maloof.

Dans les Hautes Alpes l’association « Vivian Maier et le Champsaur » est très active : création de la maison de la photographie, expositions, site et présence dans tous les réseaux sociaux.

Depuis 2020, à Paris une rue du 13ème arrondissement porte le nom de Vivian Maier.

Rue Vivian Maier
Rue de Paris

Bibliographie

Divers auteurs ont publié des ouvrages au sujet de Vivian. Je vous en propose un florilège dans mon prochain article : La bibliographie de Vivian Maier.

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One thought on “Vivian Maier

  1. […] Vivian Maier, « la nounou photographe », a vécu dans l’anonymat entre New-York et Chicago. Peu de temps après son décès, la découverte de ses archives photographiques l’a élevée au niveau des plus grandes photographes américaines du XXème siècle. Je vous propose de découvrir cette personne hors du commun dans mon article : Vivian Maier. […]

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