Charles Nègre

Charles Nègre était un artiste qui disposait d’une solide formation dans la peinture. Il deviendra  un pionnier de la photographie et développera des techniques de tirages et de retouches pour obtenir des images de haute qualité.

Charles Nègre, peintre

Charles Nègre
Charles Nègre autoportrait 1863 Musée de Nice

Né à Grasse le 9 mai 1820 dans une famille de confiseurs réputée de la ville, Charles se destine très vite à la peinture et part pour Paris en 1839 où il suit les cours des Beaux-arts. Charles intègre le cours de Paul Delaroche où il rencontre Henri Le Secq et Gustave Le Gray qui deviendront ses amis. Il travaillera aussi dans les ateliers de Michel Martin Drolling et de Jean Auguste Ingres. Ses œuvres sont exposées dans des salons parisiens de 1843 à 1864, il obtiendra quelques récompenses.

Sa peinture est diverse : inspiration mythologique, biblique, historique, nus, portraits, paysages méditerranéens. Son style est figuratif, dans le respect des règles académiques de la composition.

Tout au long de sa vie, Charles pratiquera la peinture et revendiquera son statut de peintre. Beaucoup de ses œuvres picturales sont présentes au Musée d’art et d’histoire de Provence à Grasse (comme Léda et le cygne) d’autres sont visibles au Musée Ingres de Montauban.

Charles Nègre : Léda et le cygne
Léda et le cygne par Charles Nègre

Charles Nègre, photographe

Comme ses amis peintres Henri Le Secq et Gustave Le Gray, Charles Nègre va s’intéresser à la photographie dès sa présentation, en 1839. Il utilisera ce médium, dans un premier temps pour remplacer les esquisses préalables à la peinture. Puis, à partir de 1850, il pratiquera la photographie pour elle-même. En 1851 il est déçu de ne pas avoir été retenu, comme Le Secq et Le Gray pour la mission héliographique. Il décide de parcourir à son initiative, le département des Alpes-Maritimes, et de photographier de littoral du sud-est.

Au début des années 1850, il ouvre un studio à Paris, dans l’Ile Saint-Louis.  L’état français lui passera plusieurs commandes : photographies de la cathédrale de Chartres, œuvres du Louvre, bâtiments de l’asile impérial de Vincennes.  

Plage des planchettes
Porche sud de la cathédrale de Chartres

Charles, perfectionniste

Si au début Charles reprend les procédés déjà utilisés en photographie, il perfectionnera ses techniques. Ayant de solides connaissances en chimie, il préparait lui-même ses papiers et ses compositions pour les tirages. Ainsi, après avoir expérimenté le daguerréotype, il utilisera le calotype, breveté par William Henry Fox-Talbot en 1841. Ce procédé permet des tirages multiples sur papier. D’autre part, Charles peut intervenir sur le négatif et jouer sur les épreuves, laissant libre cours à sa créativité. Les variations dans les dosages de l’hyposulfite de sodium lui permettent de moduler les tonalités de l’image.

Charles Nègre : les ramoneurs
Les ramoneurs 1851 Musée Carnavalet de Paris

Charles Nègre a été l’initiateur de la photographie de rue. Auparavant, compte-tenu des longs temps de pose, les photographes pratiquaient exclusivement en studio pour les portraits. Nègre n’a pas hésité à aller dans la rue. Il présente des scènes de vie de Paris. Certes il n’a pas pris ses clichés sur le vif, les temps de pose restant longs (1 à 2 minutes). Sa célèbre photographie « Les Ramoneurs » est la première de l’histoire qui présente des personnages en mouvement. En fait, il a demandé aux figurants de s’immobiliser pendant la pose. La composition est conforme à la règle des tiers. On remarque le paysage au fond, qui semble « aquarellé ». Cette image qui fige une scène de vie a suscité l’étonnement à cette époque. Elle initie le rôle qui sera plus tard dévolu au médium : saisir l’instantané.

Le stryge 1853 Musée d'Orsay
Le Stryge 1853 Musée d’Orsay

Une autre photographie célèbre de Charles Nègre met en scène son ami Henri Le Secq dans la galerie de la tour nord de Notre-Dame. Il est encadré par deux gargouilles. La composition de cette image est remarquable, verticalité du mur à droite, lignes obliques de la galerie qui conduisent au sujet, netteté des contours, arrière plan sur Paris.

Charles, l’inventeur

À  partir de 1854, Charles Nègre utilise l’héliogravure pour améliorer la conservation et le rendu de ses tirages. Il va même déposer en 1856, son propre procédé de « damasquinure et gravure héliographique ». Il prend une plaque d’acier, il la revêt d’un vernis sur lequel il imprime l’image par insolation. Ensuite, il passe la plaque dans un bain d’or. Cette méthode permet d’obtenir des nuances allant du noir au blanc les plus intenses en passant par des valeurs respectant les teintes de l’image originale.

Cette technique permet d’obtenir des images d’une pérennité et d’une finesse exceptionnelles, même dans les grands formats. Charles Nègre va dorénavant se spécialiser dans ces reproductions héliographiques. Entre 1856 et 1857, il va réaliser, dans le cadre de sa commande d’état, des planches de la cathédrale de Chartres, de grandes dimensions et d’une qualité graphique exceptionnelle. Il s’agit d’un chef d’œuvre de l’héliogravure.

Retour au pays

Ayant des ennuis de santé, Charles Nègre quitte Paris à la fin de 1861. Il s’installe à Nice où il sera professeur de dessin au Lycée impérial de 1863 à 1878.

Dans un même temps, il va ouvrir un studio de photographie qui connaîtra un certain succès. Il aménage son atelier avec goût : mobilier, tapis, tentures murales de qualité… Il réalise des tirages sur papier salé et albuminé de petit ou moyen format qu’il recolle souvent sur un papier plus épais.

Malgré toutes ces occupations Nègre trouvera du temps pour réaliser des photos de la ville de Nice et de ses environs. Comme pour les portraits, les compositions de ses paysages sont très soignées. Il veut proposer à sa clientèle des documents de qualité, il monte sur les collines environnantes pour prendre des vues plongeantes de la ville. Il photographie également les bâtiments et sites typiques de la ville de Nice. Les personnages qui font la vie de la cité sont également présents sur ses clichés.

Charles Nègre vue de Nice
Vue de Nice depuis la colline Saint Philippe

Le duc de Luynes a dirigé en 1864 une expédition en Palestine, Jordanie, Syrie et Liban. Louis Vignes l’a accompagné pour prendre des photographies. C’est à Charles Nègre  que la reproduction de 64 de ces photographies sur plaques héliogravées a été confiée. Elles seront publiées entre 1871 et 1874.

Djerash photo de Louis Vignes, héliogravure de Charles Nègre

Charles n’a pas abandonné la peinture : il continue cette activité en peignant des paysages à l’huile sur papier. Marseille, Saint Raphaël, Grasse, Nice, Antibes, Menton avec la lumière de Provence … sont ses sujets de prédilection.

En 1878, il quittera Nice pour Grâce où il s’éteindra le 16 janvier 1880.

Bien qu’il se soit toujours considéré comme un peintre Charles Nègre est un grand nom de la photographie.

Le nom du musée de la photographie de Nice.

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