Vivian Maier, exposition

Le Musée du Luxembourg à Paris consacre une exposition à Vivian Maier jusqu’au 16 janvier 2022. Avant de vous donner des détails sur cet évènement, je voudrais vous dire quelques mots sur une photographe mystérieuse. Je détaille sa biographie dans un article dédié.

Vivian Maier décède à Chicago, le 20 avril 2009, à l’âge de 83 ans. C’est la fin d’une vie mais le début d’une légende. À part quelques voyages à l’étranger, en France en particulier, elle a vécu principalement entre New York et Chicago, une existence ordinaire : elle était nounou.

Vivian Maier Exposition
Affiche Exposition

Vivian Maier, photographe

Vivian Maier avait une passion : la photographie. Elle y consacrait tous ses loisirs. Au hasard de ses promenades dans les rues, elle capturait des images, des personnages, l’architecture. De nombreux autoportraits font également partie de son legs. Pourtant Vivian n’aura jamais connaissance des trésors qu’elle a laissés à la postérité.

En 2007, plus de 150 000 pièces ont été saisies dans le garde-meuble que Vivian ne pouvait plus payer. Les tirages, les négatifs et les pellicules pour la plupart non développés ont été vendus aux enchères en 3 lots. Un des acquéreurs, John Maloof, eut connaissance, en revendant des tirages sur eBay, de la valeur artistique des photographies. Il a pu racheter une partie des lots des deux autres collectionneurs et commencer un vaste travail de classification, d’investigation, puis de reconnaissance.

Vivian Maier Autoportrait
Vivian Maier Autoportrait

Vivian Maier, révélation

Les autoportraits avaient permis à  John Maloof de donner un visage à la photographe mystérieuse mais il ne connaissait pas son identité. Il avait entrepris le développement et la numérisation des photographies. C’est en 2009, qu’il trouva dans un carton une enveloppe avec un nom et un prénom écrits au crayon « Vivian Maier ». Des recherches sur internet lui apprirent, par une nécrologie dans le « Chicago Tribune », que Vivian était décédée, quelques jours plus tôt, dans la même ville.

Vivian Maier, reconnaissance

John Maloof se consacre dorénavant à la reconnaissance posthume de Vivian. Il a retrouvé des personnes qui l’avaient connue et reconstitué sa biographie. Il a publié un premier livre « Vivian Maier : street photographer », organisé une exposition au centre culturel de Chicago, produit un film documentaire, « Finding Vivian Maier », créé un blog et une page Facebook.

D’autres livres ont été publiés, présentant l’œuvre de Vivian, j’y reviendrai dans mon prochain article. Dès le début des années 2010, les galeries de photographies présentèrent les  travaux de la « Nanny reporter ». Chicago, New York, Houston, Los Angeles, Atlanta, Santa Fe, Toronto, Fribourg, Munich, Tours, Grenoble, Paris…

Vivian Maier au Musée du Luxembourg

Anne Morin, présente l’exposition dont elle est la commissaire, comme  la plus dense jamais consacrée à la « photographe mystérieuse»

Les photographies sont classées en plusieurs thèmes :

Les autoportraits et les autoreprésentations

Vivian Maier, Les autoportraits et autoreprésentations
Vivian Maier dans un miroir

Les autoportraits prouvent, par leur nombre, que Vivian était en quête d’identité. Elle utilise  différents procédés visuels pour signifier sa présence dans l’image : le dessin d’ombre, la silhouette projetée, le reflet et la réflexion, ou encore l’image dans l’image. On retrouve cette recherche identitaire en écho dans la société contemporaine avec la multiplication des selfies et des vidéos en ligne.

La rue, théâtre de l’ordinaire

La rue Théâtre de l'ordinaire
New York 1954

Pour ses photos de rue, Vivian privilégie les quartiers populaires dans les villes où elle réside, New York, puis Chicago. Dans ce théâtre de l’anonyme, chacun joue un rôle à son insu. Vivian observe la vie et l’immortalise dans ses clichés. Une scène ordinaire devient anecdote, coïncidence, lapsus, témoignage de la vie sociale auquel personne ne prête jamais attention.

Dans la photographie d’illustration, on note la qualité de la composition. La perspective est soulignée par les lignes, la position des personnages, l’importance des ombres en premier plan pour aller vers de plus en plus de lumière.

Portraits, les identités remarquables

Portrait les identités remarquables par Vivian Maier
Portrait de rue

Au cours de ses déambulations dans la ville, Vivian Maier s’arrête parfois sur un visage. Elle s’en approche et le photographie. La plupart de ces portraits, parlent de pauvreté, de travaux harassants, de misère et de sombres destins. Impassibles et austères, ils sont pris dans l’instant, avant que le paraître ne change le visage et que l’image ne devienne une mise en scène. Pourtant, Vivian déroge parfois à la règle en photographiant des dames de la « haute société », en  faisant irruption devant elles pour capturer leurs réactions indignées.

Les gestes interstitiels, un inventaire

Les gestes interstitiels, un inventaire
Photo de rue, les mains

Tel un traveling cinématographique, l’exposition continue avec des photos plus rapprochées. Vivian s’intéresse aux individus qui se placent entre parenthèses dans l’espace temps, soustraits à l’effervescence de la rue. Ces personnages attendent, observent, font les cent pas ou somnolent sur le pas d’une porte. Vivian dresse l’inventaire de ces postures, de ces gestes. Les mains sont souvent le sujet central car elles racontent la vie de ceux à qui elles appartiennent. Chaque geste ainsi répertorié est l’amorce d’une histoire en devenir.

Jeux cinétiques et faux semblants

Au début des années 1960, Vivian Maier, alors installée à Chicago, va essayer un nouveau langage photographique. Elle va simuler le mouvement en prenant des photos simultanées pour indiquer à la fois le déplacement et la durée. Elle crée de véritables séquences cinétiques en déclenchant coup sur coup les 12 vues de son appareil Rolleiflex. Cette période est fondamentale dans l’évolution de son travail car il marque une transition entre la pratique de la photographie et celle du cinéma.

Le cinéma

Après cette première expérience cinétique, Vivian, entrera dans la pratique cinématographique, au milieu des années 1960. Elle filme de manière directe, sans artifice ni montage, la réalité qui est devant elle. Elle utilise le cinéma comme un outil de vision qui précède la prise de vue photographique. Vivian déambule avec sa caméra super 8, filme comme on promène son regard puis, s’immobilise quand le sujet est trouvé et le capture avec son Rolleiflex. Plusieurs correspondances donnant à voir cette double finalité du cinéma dans l’œuvre photographique de Vivian Maier sont présentées dans l’exposition.

La photographie couleur

Photographie couleur
La photographie couleur

L’approche de la photographie couleur par Vivian Maier est très différente de celle de ses œuvres en noir et blanc, même si les thèmes ne varient pas. D’une part, elle fait vibrer les tons, et crée avec légèreté un rythme qui rejaillit dans l’image. Derrière ce riche jeu chromatique, la réalité semble s’effacer comme si le sujet de l’image était la couleur elle-même. D’autre part, pour la photographie couleur elle va utiliser un Leica 35 mm et produira des images rectangulaires qui transformeront sa composition, la rendant plus dynamique.

Enfance

Enfance
Enfance

La profession de Vivian (gouvernante) lui a sans doute permis de regarder le monde avec un regard d’enfant : le visible est toujours un étonnement sans cesse renouvelé. Ses photographies des petits en disent long sur l’attention qu’elle leur porte : visages emplis d’émotions, expressions, mimiques, regards … Elle capturera également leurs jeux, leurs mises en scène…

Indices

Vivian Maier Indices
Indices

Vivian Maier photographie des objets en gros plan, de si près, avec une telle intensité qu’ils en arrivent à perdre leur identité. C’est encore le mode d’observation de l’enfance qui développe son imagination dans l’observation de l’infiniment petit. Ces photographies, qui paraissent documentaires deviennent récit quand elles appartiennent à une séquence et qu’elles sont réunies.

C‘est sans doute ainsi qu’il faut envisager l’œuvre de Vivian Maier, comme des éléments à tisser ensemble, un récit qui peut s’entrevoir sous des angles multiples.

L’exposition du Musée du Luxembourg nous aide dans cette démarche. Elle nous permet de saisir l’ampleur de l’œuvre de cette artiste et de la placer au panthéon des grandes dames de la  photographie américaines du XXème siècle, au côté de Lisette Model, de Diane Arbus ou de Dorothea Lange.

Informations pratiques

L’exposition est visible au Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard 75006 Paris, du 15 septembre 2021 au 16 janvier 2022.

Ouverte tous les jours de 10 h 30 à 19 h, nocturnes les lundis jusqu’à 22 h.

Fermeture à 18 h. les 24 et 31 décembre.

Fermeture le 25 décembre, ouvert les autres jours fériés.

Le passe sanitaire sera demandé aux personnes de plus de 12 ans.

La réservation est vivement conseillée. Vous pouvez y accéder en cliquant sur le bouton.

Expositions 2022

Saint Julien en Champsaur (05)

En principe, il y a chaque année un évènement organisé par l’association « Vivian Maier et le Champsaur » (Hautes Alpes)  berceau de sa famille française. En principe, ça se passe en juillet mais je n’ai pas de précision à la date de l’écriture de cet article.

Quimper et Pont Aven (29)

Deux expositions conjointes sont prévues en Bretagne du 4 février au 29 mai 2022 :

« Vivian Maier, New York, Chicago » au Musée des Beaux-Arts de Quimper

« Vivian Maier et/est son double » au Musée de Pont Aven.

Je ne manquerai pas de vous donner plus d’informations juste avant ces évènements.

En attendant, je vous donne rendez-vous dans mon prochain article consacré à la biographie de Vivian Maier.

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